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«À L'HEURE DU LOUP, UNE TERRE DANS SA NUIT CHANTE (ET HURLE PARFOIS) POUR QU'UN PEU DE SAGESSE PACIFIE CES MONTAGNES DE CRUAUTÉ ET NOUS DONNE À VOIR UN DÉBUT D'AVENIR.» - Pierre Morency |
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Fermez les yeux et pensez au fleuve une seconde. Imaginez cet éden bleu, un des écosystèmes marins les plus formidables du monde, spolié. Pensez aux pêcheurs. Pensez à tous ces gens qui travaillent au tourisme tout au long de nos côtes. Sans compter que le fleuve Saint-Laurent, c'est toute notre histoire, c'est notre fil d'Ariane, c'est ce qui nous définit le mieux : c'est notre corps et notre âme. Et depuis bien avant la France, c'est un peu notre lien à nous avec le sacré. Néanmoins, les Chambres de commerce de Lévis et de Québec disent voir dans ce projet de port méthanier une occasion extraordinaire de développement économique. Quel drôle de calcul ! Aux innombrables risques de catastrophe écologique, les «chambres» choisissent d'opposer des jobs pour les lévisiens. Rhétorique vieille comme le monde... qui ne pèse pas lourd dans la balance quand on considère tout ce qui est menacé par ce projet. Non. On ne marchande plus le pays. On voit loin et large. Les lévisiens mesurent l'importance d'avoir un Saint-Laurent en santé devant eux. A-t-on seulement réfléchi à la menace que ferait peser un tel projet sur le tourisme? Il semble clair que les «chambres» ne se sont pas posées la question de savoir s'il n'y aurait pas, par hasard, plus d'emplois à perdre qu'à gagner. «Faudrait peut-être attendre de savoir si le projet est faisable avant de s'énerver !», nous entendrons-nous peut-être répliquer. Well, read our lips. On. Ne. Veut. Pas. Le. Savoir. On ne veut pas le savoir. Nous croyons que le pays autour est notre premier système de santé; tous les jours, les habitants le boivent, le respirent, le mangent. Nous sommes le pays que nous habitons. Nous ne voulons pas d'un pays dont la finalité serait de marchander le patrimoine collectif. Le fleuve est notre richesse. Nous croyons que l'heure est venue d'avoir le courage collectif de remettre en cause la croissance économique perpétuelle comme projet de société. Il est temps de protéger le fleuve. Adaptation de «Forer sous la mer ou noircir notre avenir» écrit par un groupe de citoyens dans Le Devoir du 1er novembre 2003. |