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Les fourberies de Rabaska Demers, Jacques L'auteur est l'ex-maire de Bernières et il habite Saint-Nicolas. Rabaska, appuyé d'une propagande savamment orchestrée, tente de convaincre une foule fort sceptique. Devant cette situation, il m'apparut utile de revivre mon expérience de maire et d'examiner de plus près les multi millions de dollars dont on nous abreuve ad nauseam. Comme le soulignait si bien notre maire, Jean Garon, dans son discours du budget 2005, "la croissance génère de nouveaux revenus, mais elle génère aussi des coûts". Or, Rabaska nous gratifie d'un charitable cadeau annuel qui oscille entre 7 millions $ et 9,8 millions $ en taxes, alors que l'évaluation municipale de l'entreprise ballotte entre 300 millions $ et 365 millions $. Faisons la moyenne, soit 330 millions $ et procédons à un simple calcul. Dans le dernier rapport financier de la Ville de Lévis, il est indiqué que les coûts des services municipaux par 100 $ d'évaluation sont de 2,38 $. En appliquant une simple règle de trois, pour une valeur foncière de 330 millions $, cela donne 7,8 millions $ en coûts municipaux supplémentaires que la Ville devra absorber chaque année. Reste un léger surplus de 2 millions $ (9,8 millions $ moins 7,8 millions $). Incroyable, mais vrai ! Et cela explique pourquoi les taxes ne baissent jamais malgré l'accroissement de la richesse foncière. Mais, de ce surplus de 2 millions $, il faut soustraire les pertes à perpétuité : les terres agricoles gaspillées ou la dévaluation des propriétés en périphérie. Coup de théâtre, sur ce point, Rabaska s'engage à tout payer. Quant aux coûts sociaux (risques, morcellement du territoire, destruction du paysage et des écosystèmes, entrave à la qualité de vie, occupation des berges, etc.), Rabaska est d'un silence perfide. Bref, au total il ne reste plus rien, au contraire. Qui plus est, cette firme aura, un jour, les mêmes privilèges qu'Ultramar, sous-évalué à 88 millions $ et versant un maigre 2,5 millions $ en taxes (2005). "Nous autres, ce n'est pas pareil !" diront-ils. Mon expérience de maire m'a fait comprendre la complexité de la Loi sur la fiscalité municipale où les entreprises sortent souvent gagnantes puisque la loi les favorise. L'aluminerie Alouette n'a-t-elle pas réussi à faire baisser son évaluation de 273 millions $ à 125 millions $ ? Et les 3460 emplois ? On fera sans doute appel à des entreprises spécialisées. Elles utiliseront leur machinerie et leurs opérateurs, les exigences syndicales obligent. Mince consolation, il restera quelques jobs de journaliers. Nous serons les porteurs d'eau. C'est la mode, de nombreux promoteurs amplifient leur générosité en faisant pleuvoir à plein ciel des retombées économiques. Ces retombées se déterminent à partir du modèle intersectoriel, mis au point par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ). Bien que ce soit un instrument remarquable, comme tout modèle il ne peut prédire l'avenir et il présente des lacunes. Sans entrer dans les détails, en voici quelques-unes. Il n'intègre pas tous les aspects économiques, il repose sur des hypothèses, il est statique et non dynamique, il n'a aucune restriction commerciale ou tarifaire et il est linéaire. Mais ce qui est plus grave, il ne tient nullement compte des impacts environnementaux ni sociaux. Mais, j'ai confiance, ayant eu le plaisir de travailler auprès des fonctionnaires de l'ISQ, je sais qu'ils sont très compétents et ils y remédieront un jour. Alors, ce sera nous qui "retomberons" dans la réalité. Mon scepticisme vis-à-vis des fabuleuses retombées, directes, indirectes, et les millions certifiés ne tient pas surtout au modèle même, mais bien plus à la fourberie des colporteurs qui misent sur notre naïveté comme si nous étions tous des imbéciles. Rabaska, depuis le début, je doute de vos chiffres. Attention, les gens de Beaumont et de Lévis sont plus avertis que vous l'aviez imaginé. |
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Le texte qui suit a été publié dans : Le Soleil du mardi 1 mars 2005 en page A13. L’auteur nous en ayant fait parvenir une copie, nous le reproduisons ici. |