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LE COLLÈGE QUÉBÉCOIS DES MÉDECINS DE FAMILLE RECONNAÎT LES RISQUES DE RABASKA SOULEVÉS PAR LE RAPPORT DE LA DIRECTION DE LA SANTE PUBLIQUE (Lettre au Ministre Couillard, le 10 octobre 2007) |
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Monsieur le Ministre, Le Comité santé et environnement du Collège québécois des médecins de famille (CQMF) aimerait vous signaler sa grande préoccupation concernant la possibilité que soient construits des terminaux méthaniers au Québec. Ayant considéré les arguments pour et contre ces projets, le Comité santé et environnement est d’avis que devant les preuves de l’accélération constante du réchauffement du climat planétaire, ils risquent de miner notre progrès vers un avenir plus sain. Vous savez que l’exploitation de tels projets contribuerait de façon significative à la génération des gaz à effet de serre (GES) responsables de ce réchauffement. La communauté médicale s’inquiète de cette tendance depuis déjà plusieurs années. En 2003, l’Organisation mondiale de la Santé a calculé que dès l’an 2000 le nombre annuel de morts attribuables aux changements climatiques avait atteint 150 000, et a noté que le taux de mortalité associé à ce phénomène pourrait bien doubler à l’intérieur d’une quinzaine d’années puisque « l’on prédit que les changements climatiques globaux augmenteront les menaces à la santé humaine »*. Plus tôt cette année, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a ajouté que ces effets « are projected to progressively increase in all countries and regions » y compris le Québec**. Or, rappelons qu’à peine quelques semaines après la sortie de son rapport, de nouvelles preuves ont été publiées indiquant que les émissions de GES s’accélèrent plus vite même que dans le pire des scénarios considérés par le GIEC***. Il y donc lieu de craindre des conséquences sanitaires encore plus graves que prévues jusqu’ici. En 2001, le Parti libéral a approuvé à l’unanimité une motion de l’Assemblée nationale en faveur du Protocole de Kyoto. Selon votre programme électoral de 2003, « les citoyens du Québec (…) devront prendre les moyens nécessaires pour diminuer d’ici 2012 l’émission dans l’atmosphère des gaz à effet de serre », et « un gouvernement ne peut acquérir une crédibilité dans ce domaine que s’il donne lui-même l’exemple ». Or, il s’est passé maintenant quatre ans sans que le Québec ait produit un plan qui assurerait l’atteinte des cibles de Kyoto. (Le plan d’action 2006-2012 ne les vise pas même avec un apport fédéral, et même ses objectifs plus modestes ne sont pas obligatoires.) Jusqu’ici, le Québec s’est fié presque exclusivement sur les incitatifs et les forces du marché, tout en dérivant de plus en plus loin de ses objectifs. À notre avis, cette approche ne suffit plus. Un large consensus existe voulant que pour minimiser les conséquences potentiellement catastrophiques du réchauffement du climat sur les populations vulnérables, il faudra réduire les émissions des GES à moins de 50 % des niveaux de 1990. Il est donc important, à court terme, d’atteindre les objectifs de Kyoto, tout en maintenant notre capacité de poursuivre ces réductions dans la période post-Kyoto. Or, l’établissement des terminaux méthaniers sur le territoire du Québec représenterait un tel engagement envers cette source d’énergie qui, d’après nous, risquerait d’achever nos chances d’obtenir de telles réductions. En tant que Ministre de la Santé, votre responsabilité principale est envers la santé des Québécois. À cet égard, nous nous attendons à ce que vous donniez pleine considération au rapport de la Direction de la santé publique concernant les risques locaux attribuables à la construction d’un éventuel terminal. Mais au-delà de ces soucis, il faut aussi reconnaître notre responsabilité envers des populations à risque à travers le monde. C’est dans cette optique que nous vous demandons de dire « non » aux ports méthaniers au Québec, et d’insister, à la place, sur des limites aux émissions à respecter par le biais de mesures d’efficacité et de conservation d’énergie, et le développement des énergies « sans carbone ». Cela permettrait au Québec de redevenir un chef de file dans la transition vers une économie « verte », basée sur le vrai développement durable. Nous souhaiterions pouvoir discuter avec vous de vive voix. Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, nos sentiments les plus distingués. Le président du Comité santé et environnement, Dr Jean Zigby |