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LA PUISSANCE DE BOMBES ATOMIQUES EN FACE DE QUÉBEC...

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(Pierre Langlois, Ph. D. physicien,)

(Le Soleil, 7 novembre 2007)

Le 24 octobre dernier je n'étais pas fier d'être québécois. Ce jour-là, j'ai eu l'impression de vivre dans une république de bananes, lorsque Claude Béchard, notre ministre des Ressources naturelles, nous a annoncé, avec fierté, que le gouvernement du Québec donnait le feu vert pour le projet Rabaska.

Si tout se passe comme prévu, on va implanter deux ports méthaniers au Québec, et chacun d'eux peut recevoir suffisamment de gaz naturel pour alimenter la province de Québec au complet (le gaz naturel est essentiellement composé de méthane). Lorsque les deux ports seraient construits, on
disposerait donc au Québec de trois fois plus de gaz naturel du jour au lendemain, alors qu'aucune étude n'a été faite par le gouvernement pour établir le besoin réel des Québécois. Même si une partie du gaz s'en va en Ontario, on ne pourra pas tout consommer en 2010. Alors qui va le consommer?

Possiblement l'Alberta qui a besoin de plus en plus de gaz naturel pour exploiter ses sables bitumineux, si polluants. Par ailleurs, les États-Unis ont également un besoin urgent de gaz naturel. Ils prévoient construire 40 ports méthaniers d'ici 20 ans, principalement pour alimen
ter leurs centrales électriques. Mais beaucoup d'États-uniens s'y opposent, pour des raisons de sécurité très compréhensibles.

Une opération militaire de protection

Ce n'est pas pour rien qu'à chaque arrivée d'un méthanier à Boston (port méthanier mis en place bien avant le 11 septembre 2001) une véritable opération militaire de protection se met en branle : hommes-grenouilles pour inspecter la coque du méthanier, hélicoptères, bateaux armés de la garde côtière et de la police du port, arrêt des vols d'avion, etc... Mais, au fait, pourquoi tant d'inquiétude?

Il suffit de dire que la quantité d'énergie contenue dans un gros méthanier moderne correspond à l'énergie de 60 à 100 bombes atomiques d'Hiroshima, selon la grosseur du navire
, sans la radioactivité bien entendu.

Plusieurs facteurs font en sorte qu'un méthanier est beaucoup plus dangereux qu'un pétrolier. Les mesures de sécurité extrêmes qu'on met en place au port méthanier de Boston ne se retrouvent pas aux multiples ports pétroliers des États-Unis.

La raison principale qui rend les méthaniers si dangereux est le fait que leur cargaison est un gaz à la température ambiante, et pas un liquide comme le pétrole. Pour transporter le gaz naturel, on doit le refroidir à 160 degrés Celcius sous zéro, et on le maintient à cette température dans
de gros compartiments thermos. Or, un accident maritime ou un attentat terroriste peut ouvrir une brèche importante dans la coque du navire et laisser s'écouler le gaz naturel liquéfié, qui redevient alors gazeux rapidement. Le nuage qui se forme est beaucoup plus difficile à circonscrire qu'une nappe de pétrole.

Ce nuage peut être poussé par le vent à des kilomètres du méthanier, au dessus de Lévis ou de Québec. Si la nappe de gaz naturel liquéfié et ou le nuage de gaz naturel prennent en feu, la chaleur dégagée est infernale et peut brûler les gens au
deuxième degré en moins de 40 secondes, à 1,5 kilomètre du brasier, seulement par les radiations infrarouges dégagées. Or, environ 70 résidences et une école sont à moins de 1,5 kilomètres du port projeté par Rabaska! Ce scénario ne tient compte que d'un seul réservoir endommagé sur cinq. Je n'ose même pas imaginer ce qui arriverait si les cinq réservoirs étaient affectés par des explosions en cascade.

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