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RABASKA : UN RISQUE CONSIDÉRABLE

(Yves Chartrand du Journal de Montréal, 5 nov. 2007)

Alors que le projet de port méthanier, à Lévis, du promoteur Rabaska a franchi une étape cruciale avec le décret d'approbation du gouvernement du Québec, un géographe français, détenteur d'un doctorat sur la voie maritime du Saint-Laurent, juge ce site comme «un risque considérable» pour la sécurité et l'économie canadiennes.

Le port méthanier de Rabaska est «un projet dangereux à plusieurs points de vue», dit Jean- Claude Lasserre, que Le Journal de Montréal a joint chez lui à Lyon, en France.«Ce site représente un risque considérable pour les résidants qui seront à proximité des réservoirs, mais aussi pour la voie maritime et les lignes de transport électrique qui seront proches du terminal», juge ce géographe français qui a aussi la nationalité canadienne. Jean-Claude Lasserre n'est pas le premier venu en matière de navigation sur le fleuve Saint- Laurent. Il est le seul détenteur d'un doctorat sur la voie maritime de notre fleuve et a enseigné la géographie de 1966 à 1980 aux universités d'Ottawa et de Montréal. De son doctorat, il a tiré un livre, Le Saint-Laurent, grande porte de l'Amérique, publié aux éditions Hurtubise.

«Je connais parfaitement la voie maritime du Saint-Laurent et le choix de ce site, en face de Québec, m'apparaît tout à fait incompréhensible, autant pour la sécurité que pour l'économie nord-américaine en général», dit le géographe. En France, dit-il, l'État a planifié de longue date l'implantation de terminaux méthaniers pour le transport du gaz naturel liquide. «Les sites de Saint-Nazaire et de Fos-sur-Mer, sur la Méditerranée près de Marseille, sont à plusieurs kilomètres des milieux résidentiels, de telle sorte que si un jour, il y avait une catastrophe, les pertes humaines et les dégâts matériels seraient réduits au minimum. Ce n'est pas le cas à Lévis.»

De plus, l'étroitesse du fleuve où on veut implanter Rabaska - 1,8 kilomètre d'une berge à l'autre avec un chenal navigable de 850 mètres - fait en sorte que le terminal «serait pratiquement dans le chenal de navigation», fait remarquer Lasserre. Les opérations de retournement et d'accostage des navires méthaniers se feront très proches de la voie où passent les navires marchands et les paquebots de passagers. «En raison du courant du fleuve à cet endroit, ce seront des manoeuvres très délicates, qui comporteront des risques chaque fois», dit-il.

«Je m'étonne que les autorités des ports en amont, non seulement celui de Québec, mais aussi tous les autres à Trois-Rivières, à Montréal, en Ontario, et tous ceux des grands centres industriels américains autour des Grands Lacs ne soient pas en train de s'alerter pour dire que ça ne va pas avec ce projet. Il comporte des risques considérables car si ça bloque, ce sont toutes leurs activités économiques qui seront paralysées.»